Conceptuellement, la question de la connectivité de l’Afrique se pose sur deux segments, certes distincts, mais fortement interdépendants

Il y a, d’une part, ce que l’on pourrait qualifier de connectivité verticale (entre l’Afrique et le reste du monde) et, d’autre part, ce que l’on pourrait appeler connectivité horizontale, particulièrement impérieuse, s’effectuant ainsi entre les Etats africains et/ou à l’intérieur d’un seul Etat. En ce qui concerne la première, au nombre des exemples les plus médiatisés, l’on soulignera notamment celui du déploiement du câble sous-marin ACE (Africa Cost to Europe) mis en place par un consortium international piloté par l’opérateur français Orange.

“There is, on the one hand, what one might call vertical connectivity (between Africa and the rest of the world) and, on the other hand, what might be called horizontal connectivity, which is particularly imperious, Thus taking place between African States and / or within a single State. As regards the first, among the most publicized examples, the deployment of the submarine cable ACE (Africa Cost to Europe) set up by an international consortium led by the French operator Orange.”

Ce sont au total 17.000 km de fibres optiques dont l’objectif principal est de relier l’Europe à toute la façade atlantique du continent africain. Est également digne d’être mentionné le très remarquable projet d’Angola Câbles et d’Etix Everywhere (les câbles sous-marins Monet et SACS) qui ambitionne de connecter directement l’Afrique aux USA et à l’Amérique du Sud sans passer par l’Europe, l’objectif affiché étant de réduire, autant que faire se peut, le temps de latence dans la transmission des données, dans la mesure où celles-ci ne transiteront plus par l’Europe. L’émergence des « autoroutes de l’information sous-marines » en Afrique est donc en marche sous fond de considérations géostratégiques.

Pour ce qui est de la connectivité horizontale, l’on peut, à titre illustratif, évoquer le projet DARE (Djibouti Africa Regional Express) qui entend déployer 5.500 km de fibres optiques pour connecter, entre autres, la Tanzanie, le Kenya et la Somalie. Le projet de la Dorsale Transsaharienne à fibre optique (DTS) pour interconnecter l’Algérie, le Niger, le Nigeria, le Mali ou encore le Tchad, financer en grande partie par la Banque Africaine de Développement (BAD) s’inscrit dans la même dynamique

Le Groupe Bolloré projette aussi de construire un backbone sous régional de 5000 km de fibre optiques pour apporter de l’internet haut débit à certaines grandes villes de l’Afrique de l’Ouest insuffisamment desservies, à l’instar de certaines villes côtières, par les câbles sous-marins (Burkina, Niger par exemple). Pour les Backbones purement nationaux, on peut nous citer, pour exemple, le projet Link de Google en Ouganda (2013), au Ghana (2015), le backbone Lomé-Cinkansé (Togo) ou encore les diverses initiatives de Hauwei en RD Congo, au Mali, en Côte d’Ivoire et, plus récemment, au Burkina Faso où l’entreprise chinoise entend construire 307 km de fibres optiques pour connecter la ville de Ouagadougou et certaines communes avoisinantes jusqu’à Po à la frontière du Ghana.

Néanmoins, le véritable problème dans le déploiement de ces fibres reste, comme souvent, « le dernier kilomètre ». C’est que le Ftth (Fiber to the Home) ou fibre jusqu’à l’abonné ou, si l’on préfère, jusque dans les foyers africains, est un vrai challenge du fait, certainement, d’un manque de moyens et, probablement (la considération n’est pas fantaisiste), de volonté politique.

De surcroit, le déploiement de ces fibres n’est jamais qu’une condition nécessaire, et donc pas suffisante, dans la mesure où, comme le laisse entendre l’adage, il n’allégera que le service du fardeau mais pas son poids principal. Encore faudrait-il des autorités et de l’opinion publique, comme toujours dans ce genre de circonstances, une plus grande attention et vigilance dans le contrôle, le suivi et l’entretien rigoureux de ces infrastructures. En effet, les récentes péripéties malheureuses de Huawei au Congo, en Côte d’Ivoire et au Mali sont tout simplement, il faut l’affirmer, inadmissibles. Elles inspirent d’ailleurs, au choix, rire ou colère. Sans plus de prudence, de vigilance et d’exigence dans le respect notamment des cahiers des charges, le problème de la connectivité de, et en, Afrique ne sera que déplacé.

S’ajoute au déploiement terrestre et maritime une « bataille » impitoyable dans le ciel africain pour le contrôle de l’internet. Suivant en cela l’exemple nigérien et égyptien, l’Angola (Angosat1), l’Ethiopie, l’Algérie (Alcomsat1), ou le Congo (Congo-Sat) s’activent pour lancer leurs propres satellites de télécom. Dans le même ordre d’idées, avec le soutien en particulier de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), Aventi Communications Group entend déployer 1400 points wifi à travers l’Afrique subsaharienne. Pour l’heure, les utilisateurs africains peuvent d’ores et déjà profiter d’un accès internet par satellite au détail grâce à iWayAfrica avec son programme Jola.

Facebook et Eutelsat, quant à eux, prennent appui sur le satellite géostationnaire de Spacecom (AMOS-6) pour répondre, affirment-ils, « à la demande croissante en connectivité de nombreux usagers en situés à l’écart des réseaux terrestres fixes et mobiles ». A côté de cette initiative, pour ainsi dire traditionnelle et très coûteuse, émerge de plus en plus un « internet spatial low cost ». Il s’agit principalement de mettre l’accent sur une constellation de mini satellite en orbite moyenne (le projet 03B de SES ou les 4600 mini satellites de Samsung) ou en orbite basse (le projet One Web avec ses 900 micro satellites soutenu notamment par Airbus et Intelsat ; ou encore celui du tandem SpaceX/Google qui entend déployer une constellation de 4000 satellites). Il faut bien évidement ajouter la volonté récente de la start-up Leosat qui, avec ses 78 ou 101 satellites, « rêve » d’offrir un accès internet ultra-haut débit (50% plus rapide que la fibre), non pas au grand public, mais aux grands groupes et à des structures gouvernementales.

Mais en la matière, les initiatives les plus « extravagantes » viennent sans conteste des géants du Net. Facebook veut ainsi diffuser internet dans les zones non ou mal desservies (dans un rayon d’environ 100 kilomètres) avec son drone solaire Aquila censé voler durant 90 jours à des altitudes comprises entre 60.000 et 90.000 pieds (18 à 27 km). Google, quant à lui, préfère connecter l’Afrique avec ses ballons stratosphériques gonflés à l’hélium, alimentés par l’énergie solaire (le projet Loon) dans les régions où la construction de fibre optique est problématique en raison notamment de la géographie.

Il convient enfin de signaler les diverses politiques hétéroclites menées çà et là par les Etats africains et/ou les opérateurs toujours dans l’objectif d’accroitre l’offre de connectivité de et en Afrique. A titre d’exemples, tirés de la pratique, l’on peut saluer les nombreuses politiques de mise en place de points d’accès Wi-Fi, souvent gratuits, à l’endroit des populations aux revenus modestes (étudiants, chercheurs d’emplois) : Mauritanie avec le « Wifi Project Mauritius » lancé depuis 2012 ; le Togo à travers le programme « Environnement Numérique du Travail » (ENT) pour la mise en place de bornes Wifi dans les universités ; en Ouganda, au Seychelles, à l’Ile Maurice etc.

La construction des data center (Zambie, Nigéria, Tchad, etc) ; de point d’échange internet national pour notamment réduire le temps de latence dans la transmission des données (Togo dans le cadre du projet WARCIP « West African Regional Infrastructure Program ») ; le projet FTTA (Fiber Through The Air) à l’Ile Maurice qui, contrairement au FTTH, utilise les ondes radio pour offrir l’internet à très haut débit ; la mise en place des aires de télécom entre les pays africains à l’instar du « free roaming » entre les pays d’Afrique de l’ouest ou de la « One Area Network » des Etats de l’Afrique de l’Est ; la politique du data unique entre les pays de la SADEC d’ici 2019, etc. participent aussi de cet effort de connectivité.

Comme on le voit, les solutions en matière de connectivité haut débit de l’Afrique sont diverses et mobilisent tous les acteurs, des plus traditionnels (comme les opérateurs de télécoms ou de satellite) aux plus récents (comme les géants du Net, notamment Facebook et Google). La bataille pour connecter l’Afrique n’a jamais été aussi vive, et se déroule sur tous les axes possibles. Mais tout ceci exige des investissements considérables et surtout soutenus. A cet effet, les grands acteurs du monde numérique (cela est surtout vrai pour les opérateurs de télécoms) plaident pour une consolidation (et conséquemment, mais certes partiellement, une convergence) du et dans le secteur, qui pourrait alors permettre, à terme, la mobilisation des ressources à même de soutenir ces investissements indispensables.

Source: info-Afrique.